
Les deux mains s’agrippent en permanence à une canne en bois. Elle sert d’appui à sœur Sara. Un soutien sans faille. Ce mercredi 20 mai, « l’héritière » de sœur Emmanuelle, cette figure catholique décédée en 2008, est assise à la table d’une petite salle perchée sur le rocher Saint-Michel à Aiguilhe.
Les journalistes et les officiels la mitraillent de photos. Si elle vient chaque année en France, il faut dire que les passages de la religieuse de 80 ans ne sont pas si fréquents au Puy-en-Velay. La dernière fois, c’était en 2024 pour donner une conférence. Et puis, six ans avant cela aussi.
L’éducation au cœur du projet
« À chaque fois que je viens ici, je dis aux élèves : “Vous rendez-vous compte de la chance que vous avez ? Ici, tout est propre, tout sent bon, vous avez de beaux locaux. Mais ce n’est pas partout pareil”. » L’audience acquiesce.
C’est son sujet ça, à sœur Sara : l’éducation. C’est de ça dont elle parle, encore et encore. Pour elle, « c’est la clé de l’émancipation ». « Pour nous aussi, c’est un enjeu essentiel afin que les enfants aient la chance de se construire une vie », confirme Patrick Cuinet, président de l’association Opération Orange de sœur Emmanuelle dont sœur Sara, Sarah Ayoub Ghattas pour l’état civil, a pris la suite.
Un duo de sœurs
Les deux femmes ont longtemps formé un duo de sœurs. L’une est belge catholique, Emmanuelle. L’autre est égyptienne, copte et orthodoxe, Sara. Mais, elles ont œuvré ensemble durant plus de 30 ans pour améliorer les conditions de vie d’habitants du Caire.
En 1971, à l’âge où elle aurait pu prendre sa retraite, sœur Emmanuelle obtient l’accord de sa congrégation pour s’installer auprès des chiffonniers dans le bidonville de Mokattam. « Quand sœur Emmanuelle est arrivée, les hommes buvaient beaucoup, les femmes étaient souvent battues, les enfants mouraient en bas âge… C’était presque l’enfer », rembobine sœur Sara.
« Il n’y avait pas un seul enfant qui allait à l’école »
Là, la religieuse se bat pour les pauvres. Elle lance de nombreux projets notamment d’éducation et de santé. Et c’est en 1976 qu’elle rencontre sœur Sara avec qui elle partage un amour inconditionnel pour les enfants. Quand sœur Emmanuelle prend enfin sa retraite en 1993, à l’âge de 85 ans, sœur Sara prend le relais auprès des chiffonniers. « Au début, il n’y avait pas un seul enfant qui allait à l’école, maintenant 95 % d’entre eux sont scolarisés », détaille-t-elle.
Son passage au Puy-en-Velay ce mercredi a été orchestré par l’association relais Haute-Loire – Opération Orange. Il fait partie d’une visite plus globale de cette religieuse star en France. Il y a le Puy-en-Velay aujourd’hui, mais il y aura Angers après, puis Aix-en-Provence, puis Valence…
« Les échanges ont été très riches »
Chaque journée est remplie de rendez-vous. Avant le rocher Saint-Michel, elle s’est d’abord rendue au lycée de La Chartreuse voir 120 jeunes puis est allée à la rencontre d’une quarantaine de collégiens à Saint-Régis. « Les échanges ont été très riches, elle adore être au contact des jeunes et ces derniers étaient ravis », relate Patrick Cuinet, président de l’association Opération Orange qui connaît la religieuse depuis 26 ans.
Nous avons plusieurs femmes, anciennes élèves, qui sont devenues médecins, d’autres infirmières, d’autres encore entrepreneuses.
Sœur Sara
Dans la petite salle perchée du rocher d’Aiguilhe, elle tient à évoquer la réussite de ses élèves là-bas, à 3 000 kilomètres.
« Nous avons plusieurs femmes, anciennes élèves, qui sont devenues médecins, d’autres infirmières, d’autres encore entrepreneuses, lâche-t-elle. Toutes peuvent désormais s’intégrer pleinement dans la société. Ce n’était pas le cas avant. Et cela, c’est grâce à tout le monde, grâce à vous, je ne suis pas toute seule. » Derrière elle, Patrick Cuinet opine.
La religieuse se lève, puis s’éclipse. Son prochain rendez-vous se trouve au pied de l’ascenseur : une visite de l’église Saint-Michel qui coiffe le rocher du même nom. Heureusement, cette excursion sera virtuelle. Car même avec sa canne, sœur Sara n’aurait pas pu monter tout là-haut.
Bio express
▶ 3 janvier 1946 : naissance de Sarah Ayoub Ghattas, future sœur Sara.
▶ 1976 : rencontre avec sœur Emmanuelle au Caire, point de départ de leur collaboration auprès des chiffonniers.
▶ 1978 : départ avec sœur Emmanuelle aux États-Unis pour récolter des fonds.
▶ 1980 : inauguration du centre Salam au Caire.
▶ 1993 : sœur Sara succède à sœur Emmanuelle auprès des chiffonniers du Caire à Mokattam.
▶ 24 avril 2024 : elle est au Puy-en-Velay pour une conférence au centre Pierre-Cardinal et rencontre avec les collégiens de Saint-Régis.
▶ 2026 : elle se rend à plusieurs reprises en France, notamment en Haute-Loire.
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