«Une maladie terrible l’a en quelques jours enlevé à l’amitié de ses camarades, à l’affection respectueuse de ses subordonnés, à l’amour des siens… » lit-on dans le journal La Haute-Loire du 20 août 1890, à propos de la disparition de Dubois-Pillet.
Il était à l’hôpital depuis une semaine, malade de la variole. « La gravité du mal qu’il avait contracté, supposait-il, dans une tournée de service à Salettes, s’est subitement déclarée, compliquée de congestion cérébrale, et a fait des progrès si rapides que la mort est arrivée ce 18 au matin à 6 heures presqu’inopinément », continue le journal. La petite vérole (nom populaire de la variole ; la grande vérole étant la syphilis) est très présente en Haute-Loire à la fin du XIX e siècle.
Mettre un crapaud dans son lit…
Ce n’est pas la seule épidémie. En 1854-1859, la fièvre typhoïde est difficilement combattue dans les communes de Vernassal, de Saint-Paulien, de Queyrières, de Saint-Étienne-du-Vigan, de Barges. Le choléra sévit à Saint-Julien-d’Ance et à Brives. La petite vérole décime Vals, Loudes, Saint-Pierre-Eynac. Entre décembre 1870 et septembre 1871, une épidémie de variole atteint 365 personnes à Monistrol-sur-Loire. Il y a 171 décès, 140 parmi les non-vaccinés, 31 parmi les vaccinés. En avril 1890, l’épidémie dure un an et fait, au Puy, 72 victimes.
La presse de 1879 relate cette surprenante histoire : « Il règne en ce moment dans la Haute-Loire, nous apprend le docteur Bordier, une épidémie de petite vérole qui n’est pas sans jeter l’alarme dans une partie de la population de certains villages voisins du Puy. Au lieu d’aérer leurs chambres, de les tenir rigoureusement propres, de brûler ou de désinfecter tous les objets ayant servi aux malades ; au lieu surtout de pratiquer en hâte et sur tout le monde la revaccination, on met des crapauds dans le lit des gens qu’on veut préserver… Un médecin, appelé auprès d’un malade, découvrit, l’autre jour, un de ces batraciens renfermé dans un pot de terre qui était glissé sous l’oreiller. Étonnamment du praticien à qui les parents répondent : “Ah ! sans doute, Monsieur le Docteur, ça n’a pas empêché la maladie ; mais, que voulez-vous, nous l’avons employé trop tard. C’est pour ça qu’on vous a appelé !” »
La peau du crapaud rappelle les pustules de la variole. Il n’en faut pas davantage pour que, en vertu de la doctrine des signatures, le crapaud devienne un préservatif souverain…
Des nains maléfiques
Mais comment s’attrape la variole dont a été victime Dubois-Pillet ? Ce n’est pas compliqué, les anciens le savaient. Voilà le récit recueilli en 1869, à Roche-en-Régnier. « Il y a des nains qui habitent les rivières. Quand les mères viennent laver les vêtements des enfants, ils jettent dans les tissus un venin contagieux. Et lorsque l’enfant revêt ses habits ainsi souillés, son corps brille et se couvre de boutons. Le croup, la petite vérole (variole) s’expliquent par le poison qu’a jeté sur les vêtements de l’enfant la malignité des nains. J’ai vu un tout petit enfant malade. Son visage était tout couvert de boutons. Sa mère, la femme Aulanier, m’affirma que c’étaient les nains qui faisaient venir ces boutons. Quand on avait lavé le linge de l’enfant, ils avaient troublé le ruisseau et le linge avait conservé une fange venimeuse qui avait occasionné des pustules en touchant le corps de l’enfant. »
En Haute-Loire, on parle souvent d’anciennes maladreries. La lèpre est, au Moyen-Âge, mal définie, souvent confondue avec d’autres maladies de peau dont la petite vérole. Les maladreries sont généralement dédiées à saint Lazare (d’où les croix Salazar, comme celle qui existait entre La Sauvetat et Bargettes, près d’une ancienne et importante maladrerie), mais aussi à sainte Marie Madeleine, femme adultère et patronne des exclus.
La fonction de cc-portes-auvergne.fr étant de collecter sur le web des articles sur le sujet de Les portes de l’Auvergne puis les diffuser en répondant au mieux aux interrogations des personnes. L’équipe cc-portes-auvergne.fr vous soumet cet article qui parle du sujet « Les portes de l’Auvergne ». Cette chronique a été reproduite du mieux possible. Vous avez la possibilité d’écrire en utilisant les coordonnées fournies sur le site pour apporter des explications sur cet article qui traite du thème « Les portes de l’Auvergne ». En consultant régulièrement nos contenus de blog vous serez informé des futures parutions.
