
En retrait du bal des présidentiables, le chef des députés DR dit travailler en coulisse au futur rassemblement des candidats de la droite et du centre. Et joue déjà placé.
Pour célébrer ses 51 ans le 12 avril, son épouse Charlotte lui avait réservé une surprise : deux places à la Scala de Paris pour le concert de Frédéric Lo et Michel Houellebecq, son idole, le graal de ce grand lettré.
« C’est un géant. Je le range dans la même catégorie que Proust ou Céline », raconte le patron des députés de la Droite républicaine, qui concède : « C’était sublime, mais il faut prendre le Prozac à la fin ! » Un an déjà que son rêve élyséen s‘est effondré : le 18 mai 2025, Bruno Retailleau s‘imposait face à lui avec 74 % des voix des militants dans la bataille du parti.
C’était sans compter sur la résilience de cet animal politique hors norme et sa capacité à se réinventer. Le Rhônalpin le sait, il est hors-jeu pour 2027 à ce stade. Il doit se résoudre à assister de loin au ballet des candidatures qui se succèdent au sein de l’ancien socle commun : Gabriel Attal ce vendredi, après Édouard Philippe et Bruno Retailleau. Cela ne l’empêche pas de préparer activement la suite.
Si on nous avait dit qu’il ferait un jour de la concurrence au patriarche du Sénat, Gérard Larcher, dans le rôle du grand rassembleur, on aurait souri. Qui aurait imaginé l’ex- « lonesome cow-boy » jouant les missi dominici pour permettre au centre et aux « droites rémondiennes », comme il dit, de se retrouver le moment venu, quand les sondages ou une hypothétique primaire – pour laquelle il continue à plaider – auront fait leur œuvre d’ici fin 2026 ? Lui qui avait réussi la prouesse de se mettre à dos à peu près tout cet arc politique multiplie depuis des mois les conseils et rendez-vous.
« Bromance »
C’est avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, que la « bromance » est la plus frappante. Les deux hommes se sont rapprochés, s’affichant ensemble le 1er mai sur ses terres de Haute-Loire. « Sébastien avait besoin d’un partenaire de confiance. Moi aussi », développe-t-il. On notera l’usage du prénom.
En quête de soutiens dans une Assemblée fragmentée, le chef du gouvernement l’écoute. C’est Wauquiez qui lui a suggéré la hausse de la prime carburant annoncée ce jeudi. Lui aussi qui l’a pressé de concentrer ces nouvelles mesures sur « la France qui travaille », frappée selon lui d’« ultrapaupérisation ».
En petit comité, l’ancien maire du Puy-en-Velay, où la crise des Gilets jaunes fut ardente, décrit une colère sociale prête à s’enflammer sur le pouvoir d’achat. La présidentielle ? Les Français n’y sont pas, rétorque-t-il : « Ils sont dans l’instinct de survie. »
« Ils savent que ce n’est pas le gouvernement qui a craqué l’allumette dans la cuve de nitroglycérine », se rassure-t-il. Mais pour combien de temps ? Aussi presse-t-il ses 48 députés de ne pas jouer la surenchère, en écartant les mesures dispendieuses qui creuseraient le déficit. La proposition du RN de baisser la TVA à la pompe à 5,5 % ? « C’est n‘importe quoi », tance-t-il.
« Je ne dirai pas de mal de Wauquiez, on s’entend bien »
De même a-t-il noué un pacte de non-agression avec « Gabriel » – Attal s’entend –, son homologue du groupe Renaissance. Entre eux, les couteaux ont été longtemps tirés, quand les deux ambitieux se livraient dans l’Hémicycle à de féroces coups de Jarnac. « Je ne dirai pas de mal de Wauquiez, on s’entend bien », confiait le désormais candidat il y a quelques mois aux journalistes en quête de confidences assassines.
Passé lui aussi dans les montagnes russes d’une dissolution qui l’a vu quitter brutalement Matignon, Attal reconnaît à son aîné une belle résistance : « Il s’est pris un 33 tonnes avec ses 26 % (en mai 2025 NDLR). Beaucoup de politiques se seraient roulés en boule sous la couette ; lui était de retour dès le lendemain à l’Assemblée », louait-il encore.
C’est peut-être avec Édouard Philippe que les retrouvailles sont les plus déroutantes. L’ancien chef du gouvernement s’est toujours puissamment méfié de Wauquiez, qu’il a longtemps côtoyé chez LR. Ils se sont pourtant vus plusieurs fois ces derniers mois, en avril notamment, pour évoquer le projet d’une primaire élargie allant du patron d’Horizons à l’égérie de Reconquête, Sarah Knafo.
Le maire du Havre, en position dominante, n’y tient guère. L’essentiel est ailleurs : ils se parlent. Comme avec le ministre de la Justice Gérald Darmanin, avec qui le contact était rompu. « On s’est redomestiqués », glisse Wauquiez. Ce mercredi, enfin, comme l’ont dévoilé nos confrères de Politico, il s’est entretenu avec l’ancien Premier ministre Jean Castex, souvent présenté comme un recours potentiel.
Wauquiez, un Borloo nouvelle version ?
Avec Laurent Wauquiez, il convient toujours de chercher la stratégie cachée. Car l’intéressé, bien que capable de se fourvoyer, a souvent un coup d’avance. Son analyse est limpide : face au risque de voir le RN et LFI squatter le second tour en 2027, le rassemblement est une obligation vitale.
Contrairement à Bruno Retailleau, convaincu que Jean-Luc Mélenchon est surcoté, lui parie que l’Insoumis oscillera « entre 18 et 22 % » au premier tour, en situation de se qualifier. « On doit être capable de sortir un candidat à 25 % », presse-t-il donc. On a bien compris qu’il ne songeait pas à lui-même, lucide sur les sondages qui lui barrent pour l’heure la route, même s’il n’a renoncé à rien.
Son but : devenir le pivot entre les postulants de la droite et du centre. Sa mission : « agent provocateur de rassemblement », expose un proche, conscient du caractère contre-intuitif du propos. Un Jean-Louis Borloo nouvelle version, en somme, seul capable de mettre tant d’ambitions contraires autour d’une table.
Mission : se rendre incontournable
C’est ce qu’on appelle jouer placé, se rendre incontournable, meilleur moyen d’arracher ensuite un ministère régalien, et qui sait Matignon. Laurent Wauquiez plaide déjà pour une plateforme programmatique commune autour de quatre idées phares : moins d’impôts, moins d’assistanat, plus de sécurité et de pouvoir d’achat.
« On a un impératif absolu de collectif. Ce n’est pas le sens de la sagesse qui m’est tombé dessus. J’ai mes points forts et mes points faibles », confesse celui qui assure avoir remisé son côté solitaire.
Force est de constater qu’il a gagné ses galons de manageur aux commandes du groupe DR. « Il y a eu chez lui une mutation personnelle : oui, il a cédé un temps à l’individualisme politique forcené, avoue l’un de ses fidèles. Mais il a compris que rien ne bougerait à coups d’échappées solitaires. La course des petits chevaux, c’est bien mais ça ne mène pas loin ». Avis à ceux qui l‘imaginent toujours en Machiavel : il n’est pas interdit, en politique, de s’amender.
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