
Mardi 27 janvier, date anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, la préfecture a dévoilé une plaque en la mémoire de sept agents préfectoraux, qui s’étaient illustrés durant la Seconde Guerre mondiale. À la suite de leurs actes, certains ont été arrêtés, déportés et l’un d’entre eux, Louis Dubreuil, n’est jamais revenu. Leurs parcours respectifs, longtemps restés dans l’ombre, ont été retracés en présence, pour certains, de leurs descendants.
Des lycéens, « ambassadeurs de la mémoire » à l’origine de cette plaque
Le préfet Yvan Cordier est revenu sur la genèse du travail ayant abouti à la réalisation de cette plaque du souvenir : « Parmi les sept agents honorés, figure Louise Adhémard, dont le parcours avait fait l’objet d’un travail de recherche approfondie, par des élèves du lycée Simone-Weil, au Puy-en-Velay, en partenariat avec l’ONACVG (Office national des combattants et victimes de guerre), à l’occasion du 80e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.
Au fil des échanges autour de ce travail, il est apparu que d’autres agents de la préfecture avaient eu le même engagement, refusant de se taire, de se soumettre… Les recherches, très documentées, conduites conjointement par Benoît de Lagarde, directeur de cabinet de la préfecture, Matthieu Le Verge, directeur départemental ONACVG, et Jean-Bernard Moné, directeur des Archives départementales, ont posé une base scientifique et objective, permettant à un comité d’experts de “valider” le nom des sept agents. »
Des héros mis en lumière
▶ En 1941, Louise Adhémard occupe à la préfecture un poste particulièrement sensible, celui de cheffe de bureau en charge de la police générale et des étrangers. Elle comprend très vite ce que signifie l’application mécanique des lois de Vichy en termes de conséquences humaines.
Elle fournit de fausses pièces d’identité à de nombreux réfugiés, notamment juifs, prévient les personnes menacées par la législation antisémite, transmet des renseignements essentiels aux réseaux de la Résistance et préserve des copies de dossiers administratifs destinés à destruction pour rétablir les droits et la vérité sur cette période.
▶ Refusant les ordres de Vichy, Louis Dubreuil, chef de cabinet, alerte, protège et couvre des actions clandestines, notamment lors des rafles. Il poursuit son engagement dans la Résistance, au sein des FFI (Forces françaises de l’intérieur), à Besançon (Doubs) où il a été muté. Arrêté par la Gestapo en mai 1944, il est déporté à Dachau puis à Melk, où il meurt d’épuisement à l’âge de 29 ans, sans avoir connu sa fille Édith, présente à la cérémonie en préfecture, mardi.
▶ Marguerite Olivier, entrée dans les mouvements de résistance sous le pseudo « Jean-Paul », les renseigne sur les projets de l’occupant, établit de faux papiers, diffuse des tracts clandestins, soutient matériellement les maquisards et héberge même une résistante recherchée par la police allemande, lui permettant d’échapper à l’arrestation. À la fin de la guerre, elle est nommée au Comité départemental de la Libération et deviendra présidente des œuvres sociales de la Résistance.
▶ Chef de bureau des relations franco-allemandes, avant de devenir chef de cabinet, au cœur même d’un système placé sous surveillance constante, Émile Romeuf a fait preuve d’un sang-froid et d’un courage remarquable : dissimulation de matériel militaire, protection des filières clandestines, interventions auprès des autorités allemandes pour limiter les réquisitions et empêcher des arrestations, il a dû affronter maintes menaces et intimidations. À la Libération, il sera maintenu à son poste par le préfet résistant Clément Charbonnier.
▶ Mobilisé dès 1939, Jean Sigaud, reprend son poste de rédacteur en 1940, dans un contexte d’occupation et de contraintes croissantes. Engagé dans la Résistance, sous le pseudo « Arnaud », il met ses fonctions au service des réseaux clandestins. Reconnu comme « combattant volontaire », il incarne cette fidélité silencieuse aux valeurs républicaines, fait de constance, de loyauté et de sens du service public.
▶ Rémi Petiot, rédacteur au cabinet, entre très tôt dans l’opposition clandestine. Avec discrétion et efficacité, il fournit des renseignements, diffuse la presse clandestine, et prévient des résistants menacés par des dénonciations. Il procure à une famille juive des papiers d’identité et des tickets d’alimentation. Ami et compagnon d’Émile Romeuf et Roger Cette, il incarne cette résistance de conviction, née d’un refus immédiat de l’injustice.
Quand il arrive en gare du Puy, avec sa veste de déporté, il ne pèse plus que 40 kg
Jacques Longeon, neveu de Roger Cette
▶ Roger Cette, pseudo « Marceau » au sein du réseau de résistance « Combat », entre à la préfecture à l’âge de 18 ans, occupant un poste de vaguemestre. « Mon oncle et sa sœur Marcelle, ma maman, avaient perdu leur mère, alors qu’ils avaient respectivement 3 et 8 ans, témoigne Jacques Longeon. Après des études à Saint-Pierre Sainte-Anne à Yssingeaux, où ils résidaient chez leur grand-mère, puis à Saint-Michel au Puy, Marcelle obtient un poste à l’Office départemental du placement, sis au palais de justice. C’est elle qui lui permet d’entrer à la préfecture, au service du courrier. »
Derrière l’apparente normalité de ses fonctions, Roger Cette mène une action essentielle au sein de la Résistance et sauve des vies en interceptant des lettres de dénonciation, soustrayant des documents officiels et fabriquant de faux papiers, estampillés du tampon officiel qu’il récupère clandestinement et toujours conservé depuis par sa famille.
Jacques se souvient d’une « anecdote » souvent racontée par sa mère : « À 18 ans, Roger jetait “simplement” à la corbeille à papier les documents soustraits, jusqu’au jour où Marcelle, elle-même entrée en résistance, l’alerte sur les risques encourus et le persuade de la nécessité de les brûler. »
Arrêté par la milice en 1944, il est conduit à Compiègne avant d’être déporté à Dachau puis au camp de concentration de Neckarelz où il endure le travail forcé, la violence, la maladie, « le typhus, dont il gardera à jamais des séquelles pulmonaires. À l’heure de la débâcle allemande, il réussit à s’échapper des “marches de la mort”, rejoignant la ville de Till, proche de la frontière. Il rentre en France, le jour de la victoire. Quand il arrive en gare du Puy, avec sa veste de déporté, il ne pèse plus que 40 kg et son état de santé est tel qu’il ne pourra jamais reprendre le travail. Cette veste, il ne la portera qu’une seule fois, à l’occasion d’une cérémonie », raconte son neveu. Précieusement conservée dans la famille, elle est désormais chez Jacques Longeon depuis le décès de sa maman, en 2014.
De cette période, Roger Cette n’en parlera « que très peu » et seulement à sa sœur Marcelle, qui, à son tour, a partagé avec ses enfants le parcours héroïque mais discret de ce « héros de l’ombre »
Lors de la cérémonie de dévoilement de la plaque, l’émotion était palpable à la présentation de la veste de Roger Cette, que les séquelles des souffrances endurées emportent à l’âge de 51 ans.
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